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PRATIQUE DES ÉCHECS
- RÉFLEXIONS ET DÉBATS -
- ÉCHECS ET PHILOSOPHIE -
Cet
article regroupe nos notes, après la lecture de la "Petite
philosophie du joueur d'échecs", de René Alladay, publiée par
«©-2005 Éditions MILAN, France»:
«© Editions Milan - Petite Philosophie du Joueur d'Echecs"»
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«Petite philosophie du joueur d'échecs»
(«Litle Philosophy of a chess Player»)
- Collection Pause - Philo
par René Alladaye
"Il
serait difficile d'imaginer deux activités
plus cérébrales - entendez ennuyeuses -
que les échecs et la philosophie.
Le défi
qui anime cette Petite
philosophie du
joueur d'échecs est de les
réunir sous
un même étendard : celui de la passion,
afin de les rendre accessibles et familiers
à tout un chacun
"
«©-2005 Éditions MILAN, France»
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Maintenant
nous vous invitons à découvrir rapidement cet intéressant petit
livre :
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"Petite philosophie du joueur d'échecs"
- By René ALLADAYE -
- 196 pages - Éditions Milan -
(Reviewed by Michel Bruneau)
|
Par
une propension naturelle J'ai été conduit personnellement, durant
plus d'un demi-siècle en définitive, à prospecter avec passion et
alternativement trois champs de la pensée supposant une activité
intellectuelle intense; je veux dire les mathématiques, la
philosophie et les échecs. Chacun de ces trois domaines de
l'activité humaine a développé, depuis des siècles, sa propre
histoire et son propre environnement conceptuel.
Etranges
et complexes sont les relations existant entre ces trois champs de
la connaissance. La principale question dont je souhaite débattre
actuellement est la suivante : les mathématiques, la philosophie et
les échecs sont en effet capables de créer, chacun en son propre
domaine, les théories dont ils ont besoin; mais est-il possible,
pour l'une de ces trois disciplines, d'intervenir dans les deux
autres domaines ? Il est vrai que la philosophie et les
mathématiques sont fortement connectées (logique, axiomatique,
théorie des ensembles etc...) et il est possible de trouver
quelques relations intéressantes entre les mathématiques et les
échecs (théorie des jeux, algorithmie, théories des finales).
Mais
curieusement les relations entre philosophie et échecs ne sont pas
aussi évidentes. Plus précisément je ne crois pas en une
"philosophie des échecs" strictement conceptuelle, essentiellement
parce que, conformément à la phrase célèbre de Robert James Fischer
: "Chess is life". Seuls les mathématiques, l'algorithmie,
l'informatique, les statistiques etc... sont aptes à une
investigation approfondie du jeu d'échecs en lui-même ; autrement
dit dépouillé de toute sa dimension humaine. Mais il est bien clair
qu'il n'en va pas ainsi de la philosophie ... Alors, paraphrasant un
adage bien connu, il est tentant de dire : "Dis-moi comment tu joues
aux échecs et je te dirais qui tu es"... En d'autres termes, "parler
des Échecs c'est quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent parler de
l'Homme".
Eut
égard à ces quelques remarques, je ne vais pas vous cacher plus
longtemps combien j'apprécie le joli petit livre de René Alladaye...
En réalité, le titre est suffisamment clair et contient entre
autre les deux termes significatifs suivants : "petite" et
"joueur"... En lisant ce livre vous découvrirez vite tout leur
sens. Maintenant nous allons essayer d'entrer dans le vif du sujet.
L'auteur : René Alladaye
René
Alladaye est un Normalien (élève de l'"Ecole Normale Supérieure",
également connue sous le nom de "Normale Sup"). Il est enseignant
à l'Université Toulouse-II en littérature américaine. Il consacre
une grande partie de ses loisirs à la pratique des Échecs de
compétition et également à l'investigation des versants
philosophiques, esthétiques et sportifs du "noble jeu"... Nous
trouvons cette brève présentation sur la couverture du livre. Et
la première ligne de la première page est : "Lorsque j'étais en
classe de quatrième de...". Néanmoins n'allez pas croire qu'il
s'agisse d'un ouvrage autobiographique au sens traditionnel.
René
Alladaye est plutôt discret au sujet de sa vie, mais il se révèle
clairement cependant à travers ses rapports avec le monde et, en
particulier, le monde singulier de ses propres centres d'intérêt.
Ceci étant dit, très bientôt vous découvrirez que les échecs sont
réellement la matière première du livre. Pas simplement échecs,
mais cette manière typique et singulière qu'a René Alladaye de
comprendre les échecs en d'en parler. En conséquence cette "Petite
philosophie" (pas "grande" et prétentieuse !) est une histoire très
agréablement écrite "au fil de la plume" que l'on peut lire comme
un roman fascinant !...
Peut-être
celui-ci est-il, en quelque sorte, une histoire de René Alladaye...
vraiment, "une histoire du joueur d'échecs"... Mais cette aventure
personnelle est également une rencontre avec toute une palette
d'idées philosophiques colorées dont a bien besoin tout joueur
d'échecs pour peindre ses univers conceptuels.
Est-il possible de décrire une passion ?
Je
n'envisage pas de passer ce livre riche, malgré sa concision, au
peigne fin. En outre, je préfère focaliser mon attention sur
quelques thèmes philosophiques captivants parcourant cet ouvrage
comme une respiration profonde. Ceci étant dit, je pense que la
première idée de cette nature est une réflexion liée à la
signification du terme passion. Est-il possible de parler
rationnellement au sujet des passions humaines ? Alladaye donnent
cette réponse subtile : "il est audacieux, pour ne pas dire stupide,
d'expliquer une passion, puisque cela revient à donner une tournure
rationnelle à ce qui, par nature, ne l'est pas... En recherchant
les raisons qui échapperont toujours en partie, on coure le risque
de se dévoiler plus qu'on ne le voudrait sans même en avoir
conscience... "
Quoi
qu'il en soit, il est particulièrement vrai que le jeu d'échecs
induit généralement parmi ses adeptes une passion singulière et
René Alladaye trouve les mots qui conviennent pour la décrire. Et
évidemment Alladaye sait également nous intéresser à sa propre
passion symbolisée par Caïssa : "pour moi, le grand initiatrice
fut Caïssa, la muse de joueurs d'échecs. J'ai tout reçu d'elle : le
goût de regarder une chose assez longtemps pour que, ne se croyant
plus observée, elle livre enfin son secret, la joie qui entoure la
naissance d'une idée, la nécessité du doute aussi, une certaine
forme d'obstination, la pensée."
L'art de la guerre
Si
nous devons parler franchement, et c'est évidemment le cas de René
Alladaye, nous convenons vonlontiers, en utilisant ses propres
termes, que "les échecs sont guerre" ; et si, dans le même temps,
Robert James Fischer maintient, avec toute son autorité, que "les
échecs sont la vie", je ne peux pas trouver en de telles
affirmationsr la moindre contradiction... Ah ! Simplement parce
qu'il est trop évident que : "la vie est la guerre !!"... Il n'est
pas vraiment plaisant d'affirmer une telle évidence, mais,
sincèrement, ayez-vous une autre opinion ?
Et
la guerre ne se réduit pas uniquement à l'échiquier mais se trouve
tout à l'entour et jusque dans les coulisses du monde des Échecs,
comme l'illustre en effet à merveille la guerre ouverte entre le
dissident Victor Kortchnoï et "la machine d'État soviétique"
d'alors.
L'agressivité du joueur
"Faut-il
être méchant pour bien jouer aux échecs ?" René Alladaye se pose et
nous pose cette question fondamentale, qu'il étaie de nombreux
exemples tirés de la pratique récente des grands maîtres, mais
aussi de considérations personnelles, comme lorsqu'il nous livre
cette simple remarque : "force est de constater que l'histoire des
joutes échiquéennes se lit rarement comme un hymne à l'amitié."
Est
ici sous-jacent une question passionnante, qui a déjà couler
beaucoup d'encre : convient-il de jouer "objectivement" (la
position) ou plutôt de jouer "subjectivement" (l'homme) ? ... et
René Alladaye de conclure ce paragraphe en citant cette phrase
fameuse du grand Siegbert Tarrasch, au moment où il donnait
l'estocade finale : "Monsieur, je n'ai que deux mots à vous dire :
échec et mat !"
Information parfaite ou imparfaite ?
Je
laisse de côté d'intéressantes considérations sur l'"Éloge de la
virtuosité", que vous auraient plaisir à lire, pour en venir à une
question qui me tient à cœur, puisque je l'aborde en des terme
différents, dans les pages intitulées : "Correspondance", que vous
lirez par ailleurs sur ce site. La phrase suivante de René Alladaye
semble bien éclairer son opinion : "Sur cette activité éminemment
objective qu'est la conduite d'une partie se greffe nécessairement
la subjectivité du joueur en proie aux affects. C'est cette part
- maudite pour la théorie, et au demeurant présente dans toute
activité humaine - qui ouvre grande la porte de la ruse, et même de
la manipulation, dans un jeu qui semble par essence les bannir."
En
complément je dois dire beaucoup aimer la description colorée que
nous propose René Alladaye de la "brute" et du "furtif". Mais, en
revanche René Alladaye semble accepter l'a priori d'une
information parfaite dont on dispose en jouant aux Échecs. Soit,
mais pour ce qui me concerne il me semble que notre carence ne
vienne pas uniquement de nos "affects", mais également de
notre "inaptitude à fournir le raisonnement idoine".
Socrate joue et gagne
Originale
et surprenante est l'idée ici développée par René Alladaye : dans
la célèbre maïeutique socratique une règle immuable est l'alternance
des interventions entre Socraste et les sophistes oë René Alladaye
voit avec justesse une similitude avec les coups d'une partie
d'Échecs. Ces derniers sont en effet une série d'arguments aussi
judicieux que possible, en vue de mettre le contradicteur en
difficulté. Dans cette interprétation, évidemment, le mat final est
la preuve définitive que l'on détient la vérité et que le
contradicteur était dans l'erreur la plus absolue.
La quête de la vérité
Comme
ce fut le cas pour nombre d'entre nous, René Alladaye exprime
l'importance qu'a eu, dans sa carrière de joueur d'Échecs, la
découverte du livre d'Alexandre Kotov : "Pensez comme un
grand-maître".. Il est certain que jouer aux Échecs ne signifie pas
nécessairement penser, ce qui ne peut manquer d'être dommageable, et
que pour y parvenir il convient pour le moins de construire et
ordonner cette pensée.
Le théorème de Zermelo et Von Neumann
René
Alladaye consacre quelques pages à la théorie des jeux et
s'intéresse tout particulièrement au théorème de Ernst Zermelo et
Johannes Von Neumann publié en 1912. Ce dernier résultat stipule
que dans tout jeu à deux joueurs à information parfaite et à
somme nulle, si les deux joueurs déploient une stratégie optimale
aucun des deux ne peut gagner. Ceci étant dit il faut bien
comprendre qu'une telle affirmation a une portée essentiellement
théorique puisque nul n'est capable de produire un tel niveau de
jeu.
Et bien d'autres sujets encore...
René
Alladaye parle également des rapports complexes qu'entretiennent les
Échecs et le temps, la société, l'esthétique, le sport etc... Il
n'était pas dans mon idée d'épuiser ici le sujet mais, par ces
quelques notes de lecture, de vous inciter à vous engager au plus
vite dans la lecture de ce merveilleux petit ouvrage ... et d'y
puiser autant de plaisir que j'ai pu en trouver !!
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