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Je me propose de commencer à explorer ce qu'un point de vue réaliste peut apporter dans la compréhension du jeu d'échecs. Comme toute discipline cohérente et autonome le jeu d'échecs tend à développer un langage interne et à devenir par cela dogmatique. Mais l'idée que ce jeu recouvre une certaine réalité et l'étude du lien de cette réalité avec des niveaux plus immédiats de réalité s'impose quand on sait que le point de vue réaliste est fécond en littérature et en épistémologie. De plus, n'oublions pas que la conception de ce jeu doit beaucoup à la métaphore guerrière. Bien sûr en disant cela j'ai moi-même des réserves et je sais bien qu'il serait délicat de trouver un exemple dans une autre réalité que celle du jeu d'échecs de la notion de clouage, d'échec à la découverte ou de fourchette (mais je reviendrai sur cet exemple). Mais cela ne clot pas le débat car je ne me résous pas à voir dans ce jeu un simple exercice technique qui se passerait très bien d'une comparaison extérieure. Ce serait évacuer un peu vite la question du sens. Prenons par exemple la notion de sacrifice. Quoi de plus spectaculaire que le sacrifice d'une pièce majeure au cours d'une partie jouée par des GMI? Il me semble qu'on ne trouve pas d'illustration aussi pure de cette notion ailleurs que dans le jeu d'échecs ; alors même que c'est une notion dont la généralité dépasse le seul cadre de ce jeu. Il y a bien la notion de sacrifice d'animaux au divinités. On peut objecter que ce sacrifice repose sur des croyances complexes, et non pas sur un calcul stratégique. La différence n'est pas mineure : au jeu d'échec ça équivaudrait à sacrifier un Cavalier sans trop savoir pourquoi, mais juste "au flair" ce qui n'est pas très recommandé, en tout cas pour un débutant. On peut penser à Sophie dans le choix de Sophie qui doit décider lequele de ses enfants elle doit sacrifier. Mais ici encore la situation n'est pas vraiment analogue à celle du jeu car le sacrifice ne saurait etre vraiment compensé complètement par les avantages qu'elle en retire. Le mathématicien Hardy voyait dans la preuve par l'absurde un exemple de sacrifice plus beau encore que ceux du jeu d'échecs: le joueur d'échecs donne une pièce, le mathématicien donne la partie. Comme annoncé précédemment je voudrais parler de la fourchette et la question que je me pose, et que je vous pose est de savoir si cette notion a son équivalent dans notre réalité. Alors que la manière la plus bête de gagner une pièce est de l'attaquer avec plus de pièces que celles qui la défendent, la fourchette ne nécessite pas une artillerie aussi lourde ; elle réalise ce tour de prestidigitation qu'une seule pièce peut prendre une pièce adverse du seul fait qu'elle en attaque deux. Certes il arrive qu'on puisse se dégager d'une fourchette, mais le principe a de quoi surprendre quand on le rencontre pour première fois. Car rien ne nous y prépare dans la vie quotidienne. J'ai bien pensé au dilemme du prisonnier: le commissaire qui promet à chacun des deux suspects une diminution de sa peine s'il dénonce son partenaire réalise une sorte de fourchette en ce sens qu'il joue sur deux tableaux à la fois. Mais la problématique du dilemme du prisonnier, emblématique en théorie des jeux, est assez différente de la problématique de la fourchette. Veuillez excuser la longueur de ce post mais le sujet m'a entraîné plus loin que je ne le prévoyais au départ. Je serais intéressé si d'autres personnes pouvaient alimenter ce thème du rapport échecs et réalité, que l'on peut sans doute aborder de diverses façons.
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