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1o) La notion de «contrôle» : Bien que respectant dans ce cours assez scrupuleusement la pensée classique, exprimée par Tarrasch et Steinitz, nous nous éloignons de ces Grand Maîtres sur des points techniques où les définitions dont ils font usage sont soit insuffisamment précises soit en contradiction avec l'usage présent. C'est en particulier ce qui se produit pour la notion fondamentale de «contrôle». Pour une figure on peut simplifier cette formulation en disant qu'elle contrôle une case à condition qu'elle puisse s'y rendre en un seul coup ; en revanche il convient de prêter attention au fait qu' un pion ne contrôle pas la case située face à lui-même, mais les cases latérales ; précisément les cases contiguës situées sur la rangé de devant, comme cette dernière, juste à droite et à gauche de celle-ci. Voir à ce sujet : (TCE III - Le déplacement des pions, §B) 2o) La position initiale : Nous allons, en guise d'introduction, nous intéresser à l'influence du «trait»
du point de vue des cases «contrôlées» par chaque camp. Partons de
la position initiale, représentée par le diagramme suivant :
DIAG 1 : Position initiale : 3o) Contrôle initial des pièces : Dans cette position de départ, bon nombre des cases occupées sont de plus «contrôlées» par des pièces amies. Mais, outre les cases occupées, chaque camp ne «contrôle» que 8 cases. Les Blancs contrôlent la 3ème rangée, alors que les Noirs contrôlent la 6ème rangée. Comment chaque pièce intervient-elle dans ce contrôle ? La réponse est simple pour les pions :
TAB 1 : Activité des figures en position initiale :
Dès que les Blancs, utilisant l'avantage du «trait», jouent leur premier coup un «déséquilibre»
prend place sur l'échiquier. Pour illustrer ce fait considérons le
classique entre tous, le «début du pion Roi» :
DIAG 2 : Position après : 1.e4 : Pour des raisons méthodologiques nous continuons à ne prendre en compte, du point de vue du «contrôle», par un camp, que les cases non occupées par ce camp. Alors que les Noirs continuent à ne «contrôler» que 8 cases, les Blancs contrôlent maintenant 16 cases, Il n'y a pas de changement du point de vue des pions, si ce n'est que le pion e contrôle maintenant les cases d5 et f5, au lieu des cases d3 et f3. Mais ce modeste coup de pion a une influence décisive du point de vue de l'«activité» des pièces et plus précisément des «figures»
; en clair du nombre de cases qu'elles contrôlent. C'est ce
qu'exprime le tableau que voici :
TAB 2 : Activité des figures après : 1.e4 :
1o) Le «Centre» (Définition et rôle) : La notion de «centre» est un concept fondamental des échecs, dont l'importance, connue de longue date, ne fut jamais remis en cause, même si la perception que l'on a du rôle qui lui est attribué a subit bien des inflexions au cours du temps ; comme nous allons d'ailleurs le voir.
DIAG 3 : Le centre : d4, e4, d5, e5 2o) Pions centraux et centre parfait : 3o) Notion de position «parfaite» : La notion de position «parfaite» est typique de la vision classique et, à cet égard a assez vieilli ; il s'agit de positions, résultant de l'ouverture, où l'un des camp (par exemple les Blancs) s'est développé au mieux, se préoccupant en particulier d'occuper le «centre», tandis que l'adversaire (donc les Noirs) a répondu passivement et a négligé le «centre». Voici un début de partie, conduisant à une position blanche qui peut, selon les critères classiques, être dite «parfaite» : (Position blanche parfaite)
DIAG 4 : Position blanche parfaite Que l'on puisse reconnaître que cette position est «parfaite» signifie que lors des premiers coups d'ouverture, les Blancs, sans perdre de temps, ont su placer leurs pièces sur les meilleures cases possibles ; alors que les Noirs ont joué plus passivement et ne se sont pas préoccupés ni de leurs pions centraux ni des visées blanches. Dans la présente position si les Noirs n'ont pas spécialement tenu compte du jeu des Blancs, la réciproque est également vraie. En d'autre termes : Les Blancs ont joué les meilleurs coups «stratégiquement» et sans tenir compte du jeu noir ; et donc non : «tactiquement», en intégrant ce dernier. Remarquons que la position effective des Fous altère peu le caractère «parfait» de la position. Ainsi, le Fou Roi pourrait aussi bien se trouver en b5, d3 ou e2 et de même le Fou Dame en f4 ou g5.
Il est intéressant de comprendre l'évolution des idées relatives au «centre», qui ont réellement été au cœur du débat entre les «anciens» et les «modernes» (qu'il est coutume d'appeler «hyper-modernes» ou «néo-romantiques»), en adoptant ici le point de vue classique. Nous suivrons pour cela avec profit les idées exprimées par Tarrasch (Siegbert Tarrasch, «Traité pratique du jeu d'échecs» PAYOT/ECHECS, 1992, p.315) 1o) S'emparer du «centre» ! : Tarrasch exprime ainsi les buts de l'ouverture : «...tout en déployant les figures, ce qui est le but essentiel de l'ouverture, on peut encore y associer le projet de s'emparer du centre, de l'occuper seul avec un Pion ou deux. C'est d'autant plus important que le combat principal se livre au centre dans la phase d'ouverture et, dans le milieu de partie, dès qu'une attaque est lancée contre la ligne de roque. Le joueur qui a des Pions au centre - ceteris paribus - l'emporte dans le combat». Obtenir un «centre parfait» et le maintenir n'est possible que si le camp adverse ne cherche pas à intervenir, du moins directement. Mais si ce dernier réagit immédiatement, comme il peut le faire, mieux vaut en prendre acte et agir en conséquence. C'est bien l'opinion de Tarrasch et on ne peut que le suivre sur ce terrain. Plaçons-nous du point de vue des Blancs. Si l'on se réfère au répertoire classique on se trouve souvent face l'un des débuts suivants :
DIAG 5 : Début ouvert : 1.e4 e5 Ici l'avance 2.d4 est problématique et bute sur la possibilité de la prise en passant : 2...exd4. Dans ce cas, sans renoncer à la poussée du pion d il convient de la préparer, ce qui rentre déjà dans le cadre des «ouvertures» telles qu'elles seront introduites et étudiées dans deux prochaines rubriques (TCE VII - Positions ouvertes et fermées ; TCE XI - Ouvertures classiques).
DIAG 6 : Début fermé : 1.d4 d5 Ici similairement l'avance 2.e4 est problématique et bute sur la possibilité de la prise en passant : 2...dxe4. Dans ce cas, sans renoncer à la poussée du pion d il convient de la préparer, ce qui rentre à nouveau dans le cadre des «ouvertures». 2o) Echange des «pions centraux» : A nouveau nous suivons de près le raisonnement de Tarrasch (Siegbert Tarrasch, «Traité pratique du jeu d'échecs» PAYOT/ECHECS, 1992, p.316). «Mais c'est une faute, quand on a solidement pris pied au centre avec un Pion, d'échanger celui-ci sans nécessité ou avantage ; on perd ainsi tout le soutien au centre et l'adversaire qui réussit à y maintenir l'un des siens prend l'avantage. On perd également de l'espace, on se trouve resserré sur trois traverses alors que l'adversaire en commande quatre.» «Le Pion du centre occupe une position stratégique à la frontière des deux camps ennemis, frontière constituée par la quatrième et la cinquième traverses, qu'on doit défendre par un pion si elle est attaquée par un Pion, mais qu'on ne doit jamais abandonner sans combat.» Tarrasch précise encore, dans une vision déjà combative : «Toutes les ouvertures où un joueur abandonne le centre sans nécessité procure un avantage à l'adversaire, tout le but et le succès des manœuvres d'ouverture consistent à s'emparer du centre. Si celui qui est sur la défensive est contraint à se replier du centre, toute sorte d'attaques deviennent possibles ; mais s'il réussit à s'y maintenir il gêne considérablement le développement voire le lancement de la plupart des attaques.» Tarrasch poursuit : «C'est pourquoi les coups e5xd4 et d5xe4 (ou e4xd5 et d4xe5 ) sont presque toujours mauvais quand ils ne sont pas obligatoires.» 3o) Problématique de la «poussée libératrice» : Nous poursuivons cette étude en compagnie de Tarrasch (Siegbert Tarrasch, «Traité pratique du jeu d'échecs» PAYOT/ECHECS, 1992, p.316). «La configuration Pion e4 contre d6, de même que d4 contre e6, est avantageuse pour les Blancs ; l'équilibre ne peut être rétabli, au cas où il n'y a pas d'empêchement, que si les Noirs neutralisent le Pion central blanc par d6-d5 («poussée libératrice») à la rigueur par f7-f5 («coup de flanc») , ou par e6-e5 («poussée libératrice») ou c7-c5 («coup de flanc») .»
DIAG 7 : La partie du centre : 1.e4 e5 Dans cette position Tarrasch juge qu'il n'y a pas de meilleure réplique noire que 4...d5 De fait ce coup réfute le caractère prématuré de 2.d4?! et permet tout simplement aux Noirs d'«égaliser», autrement dit de compenser l'avantage du «trait» qu'ont les Blancs. En revanche 4...d6?! est «faible» voire «douteux», car il concède aux Blancs un avantage réel, qui peut s'avérer durable.
Il est juste que nous laissions Tarrasch conclure cette rubrique dont il est presque entièrement l'auteur. (Siegbert Tarrasch, «Traité pratique du jeu d'échecs» PAYOT/ECHECS, 1992, p.318 à 320). Nous voici plus que jamais au cœur du débat entre les «anciens» et les «modernes» ! ... Et ces derniers auront prochainement la parole (TME - La Théorie Moderne des Échecs). 1o) La «Stratégie Rectiligne» : Outre les principes antérieurement présentés, Tarrasch défend les idées suivantes sur lesquelles nous reviendrons plus longuement dans la suite de notre exposé. i) Celui qui conduit les Blancs et dispose donc du «trait» doit prendre l'initiative. ii) L'«initiative» doit conduire à mener une offensive. iii) Celui qui détient l'«initiative» doit en principe refuser tout «gambit» (i.e. sacrifice d'un pion) qu'on lui offre. iv) En revanche le «joueur en second» (il faut entendre par là le conducteur des Noirs), ou plus généralement celui qui ne dispose pas de l'«initiative», peut très valablement se lancer dans un jeu de «gambit». v) On ne doit pas disposer d'un pion de plus au détriment de la position. 2o) Bataille d'Ecoles autour de la «Stratégie Rectiligne» : «Ce sont essentiellement les principes d'une stratégie rectiligne fondée sur mon expérience. Ces règles présentent de nombreuses exceptions et elles sont parfois contradictoires...» «On devra le plus souvent peser par «oui, mais...» les avantages et les inconvénients d'un coup et, dans cette évaluation, le jugement mûri par l'expérience et l'étude jouera le premier rôle.» La conclusion de Tarrasch est donc d'une frappante modestie : non seulement il reconnaît à sa théorie des limites, des cas de non application, mais également (ce qui est plus grave d'un point de vue logique) certaines contradictions internes sur lesquelles il faudra bien revenir. Par ailleurs notons au passage le terme «jugement» promis à un si brillant avenir (TME VII - Jugement et plan). «On peut également adopter une stratégie complètement différente, on peut rejeter tous les principes énoncés ci-dessus et décréter que c'est l'inverse qui est vrai. On peut préférer à tous les avantages matériels en se disant : «Je veux posséder un Pion de plus, je me défendrai avec tenacité et habileté et si je ne commets pas de faute de tactique, je gagnerai certainement» «On peut proclamer : «Pas de Pion au centre, car ils peuvent y être attaqués et il me faudra les défendre. J'aime mieux les laisser à mon adversaire et les attaquer moi-même.» La prise de position finale de Tarrasch est enflammée : comment ne pas y reconnaître de la passion - en premier lieu ! - peut-être marquée d'une once d'agacement, de colère ... et de sectarisme. «Je tiens toutes ces attitudes pour des erreurs mais - c'est une affaire de tempérement et de caractère - beaucoup refuseront la stratégie rectiligne pour son contraire. De fait, il s'est tout récemment créé une école qui prêche le maintien en réserve des Pions du milieu. Mais, et c'est très significatif, les plus forts joueurs tels que l'actuel champion du monde Alekhine, les anciens champions Capablanca et Lasker, ainsi que Bogoljubow, n'en font pas partie.» «Il y a déjà plus d'un siècle qu'on a appliqué, dans le «fianchetto», cette idée soi-disant neuve, mais on l'a rapidement abandonnée parce que les Pions du milieu de l'adversaire étaient par trop gênants. Et si l'autre joueur adopte lui aussi cette stratégie mesquine et lâche et tient en réserve les Pions du milieu que se passe-t-il ? Il n'y a pas de combat puisque les deux armées ne prennent point contact ! C'est ce que démontre l'horrible partie suivante qui fut jouée à Mährisch-Ostrau, au tournoi de 1923. Je tairai par décence les noms des joueurs.» 3o) Partie illustrative : «L'horrible partie» : Il n'est pas difficile de démasquer les auteurs de ce «désastre échiquéen» et de restituer la fin de la partie :
Reti, Richard - Gruenfeld, Ernst
DIAG 8 : Reti, Richard - Gruenfeld, Ernst Telle est la position à laquelle s'arrête Tarrasch pour porter son sévère jugement sur cette partie, laquelle se poursuit ainsi :
DIAG 9 : Reti, Richard - Gruenfeld, Ernst Doit-on considérer qu'il n'y a pas eu combat ou que les deux adversaires, de force égale, se sont neutralisés ? ... C'est selon ! Oh ! Osons le dire ! ... On peut même y voir une énorme mascarade ! ... Une provocation ... Un sacré coup monté «anti-Tarrasch» ! *** THÉORIE CLASSIQUE DES ÉCHECS :
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