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Il est assez remarquable de voir comme l'histoire des échecs épouse à s'y méprendre l'histoire des hommes. Ainsi est-ce à la charnière entre le XIXème siècle et le XXème, et plus encore dans les premières décénnies du siècle de toutes les révolutions technologiques (nous parlons bien du XXème), que le Noble Jeu connu sa plus formidable révolution.
Il est habituel, dans l'évolution de la connaissance humaine, que de nouvelles idées émergent sans pour autant que les anciens concepts perdent tout leur intérêt. À notre avis, tel est le cas avec la théorie des échecs : entre la théorie Classique des échecs et l'école Hypermoderne. À ce sujet nous adoptons un point de vue dialectique. D'une part il y a une sorte de continuité d'une théorie à l'autre, mais par ailleurs certaines idées sont si différents qu'il est judicieux de parler ici de rupture épistémologique. C'est pour cette raison que nous étudions, dans le cadre de notre exposé général sur la Théorie des Échecs, la théorie classique avant d'explorer les concepts hypermodernes et plus contemporains, sous le nom commun de Théorie Moderne des Échecs. Quoi qu'il en soit, afin de clarifier notre exposé nous commençons par les idées de Nimzowisch et n'ajouterons des concepts complémentaires que progressivement au cours du notre étude. Quand nous parlons de la théorie des échecs nous sommes confrontés également à la dualité récurrente entre la tactique et la stratégie. Habituellement nous adoptons d'abord une vision stratégique et, en complément, organisons autour de cet axe toutes données tactiques nécessaires. Néanmoins un plein chapitre (TME V) sera consacré à des données tactiques particulièrement typiques et appropriées. Bien ! … Selon Aron Nimzowisch, la Stratégie échiquéenne est essentiellement caractérisée par les aspects de base suivants :
Nous devons d'abord préciser la nature stratégique des principales divergences entre les points de vue classique et moderne. Pour ce qui concerne la tactique il est évident que le matériel accumulé a été considérablement augmenté et perfectionné, mais principalement dans la continuité. La raison est évidente : un problème tactique est facilement modélisable parce qu'il est localisé sur un nombre réduit de coups ; en d'autres termes il y a un modèle mathématique et l'on peut prouver ce que l'on affirme en ce domaine. De cette manière, les données tactiques développées par Tarrash ou d'autres joueurs d'échecs du passé sont pratiquement irréfutables et nous n'avons, au moment présent, rien de pertinent à ajouter à ce sujet. Avec les données stratégiques la situation est radicalement différente et l'on peut discuter l'opportunité de faire tel ou un tel choix à l'infini ! Dans ce domaine, l'expérience, la connaissance et l'intuition du Maître d'Échecs sont essentiels. Naturellement la stratégie échiquéenne est un systhème intellectuel, héritage historique de la communauté des échecs aussi bien que de tous les êtres humains. La stratégie échiquéenne peut être structurée à l'aide de certains modèles théoriques (mais pas, à proprement parler, des modèles mathématiques !). Par conséquent il est entièrement justifié de considérer la stratégie des échecs comme une théorie ; mais une théorie inaccomplie où il sera toujours possible de trouver de nouvelles idées. À ce sujet, la meilleure manière de comprendre le rôle particulier de la Théorie Moderne des Échecs aussi bien que son enchaînement avec les concepts échiquéens antérieurs, il peut être utile de se rappeler les étapes principales de l'évolution de Idées échiquéennes. Pour plus de détails voir les liens internes :
Historiquement, et depuis le tout début, les échecs ont été plus ou moins une représentation et une symbolisation des structures sociales de chaque époque. Les premier manuscrits et écrits occidentaux au sujet des échecs, à l'époque de Greco ou antérieurement, ont été principalement liés aux aspects techniques et aux parties courtes. La première école d'échecs, au cours de l'histoire, fut la fameuse École Italienne des échecs. Malgré une profusion d'écrits au sujet de la pratique des échecs, pendant la Renaissance italienne et les siècles suivants, il faut noter que l'"École italienne des Échecs" n'a pas été sérieusement théorisée et est principalement liée à la pratique et à l'acquis culturel. Néanmoins, la manière italienne de jouer aux échecs peut être caractérisée par le rôle primordial des combinaisons et de la tactique, impliquant de brillants sacrifices et le seul objectif d'attaquer le Roi adverse dès que possible. Le premier joueur d'échecs de l'histoire qui a contesté cette vision et a introduit des concepts stratgiques importants fut François André Denican Philidor ("Les pions sont l'âme du jeu d'échecs"). Les idées de Philidor, clairement expliquées dans son célèbre livre «Analyse du jeu des échecs» l'importance de suivre des idées échiquéennes d'une étonnante "modernité" : Philidor, à juste titre considéré comme étant le meilleur joueur d'échecs du monde pendant un demi-siècle (officieux champion d'échecs du monde) disposait d'un grand le prestige et son livre a connu un très grand succès en particulier en France, en Angleterre, en Hollande, en Allemagne et en Russie. Mais, curieusement la conception italienne des échecs a continué à être très populaire dans toute l'Europe jusqu'au milieu du XIXème siècle. Particulièrement l'école romantique des échecs, incarnée par Adolf Anderssen, Paul Morphy et Henry Blackburne, fut un genre d'accomplissement final des idées italiennes.
Wilhelm Steinitz (1836 - 1900) fut le premier champion officiel d'échecs du monde. Son grand mérite est d'avoir prouvé la supériorité du style de jeu positionnel, caractérisé par une vision stratégique, impliquant un développement rapide mais harmonieux, la priorité accordée aux manœuvres à long terme, au plan et au jugement, plutôt que de favoriser l'attaque à court terme, les menaces et les pièges. Steinitz a défendu vigoureusement ses idées et a beaucoup écrit à ce sujet. Siegbert Tarrasch (1862 - 1934) fut également l'un des plus grands joueurs d'échecs de son temps et un auteur d'échecs éminent. Dans ses écrits il défend et développe les idées de Wilhelm Steinitz, mais également les complète par ses propres conceptions. Quoi qu'il en soit, Steinitz et Tarrasch sont considérés comme fondateurs de la Théorie Classique des Echecs et les porte-parole de l'orthodoxie échiquéenne. La conception positionnelle du jeu d'échecs, préconisée par Steinitz et Tarrasch, a eu un grand succès et fut practiquée par les plus grands joueurs d'Échecs de la fin du XIXème siècle jusqu'au début du XXème siècle, comme Emanuel Lasker, José Raúl Capablanca, Alexander Alekhine et de nombreux autres. Plus tôt, au milieu du XIXème siècle, il est évident que le grand Maître d'échecs anglais Howard Staunton était un adepte de cette façon de jouer et n'ignorait rien à ce sujet.
Exactement comme pour les Sciences et tout autre domaine de la connaissance , notre compréhension du jeu d'échecs s'accroît progressivement, pas à pas, et inclut aujourd'hui tout l'héritage historique des échecs, sans la moindre exclusion. Les brillantes combinaisons et pièges de Greco, les préceptes de Philidor au sujet du bon usage des pions d'échecs, les styles échiquéens italien et romantique, le jeu de positionnel de Steinitz aussi bien que des concepts Hypermodernes sont présents dans nos esprits et influencent aujourd'hui notre manière de jouer aux échecs. Telle est la continuité ! Par contre il est vrai que les idées hypermodernes d'Aron Nimzovich, Richard Reti, Ksawery Tartakover, Gyula Breyer et Hans Kmoch ont été révolutionnaires et ont représenté une rupture episthemologique authentique, au sens de Gaston Bachelard. L'introduction du ces nouvelles idées a été l'occasion d'une bataille historique entre les partisans de l'Orthodoxie et ceux de Hypermodernisme. Ce fut tout d'abord une rébellion contre le dogmatisme de Steinitz et de Tarrasch, mais il est clair que l'on ne peut pas réduire cet événement à un aspect aussi conjoncturel. Nous avons consacré une grande partie de notre exposé sur la Théorie Moderne des Échecs à un examen approfondi de la contribution spécifique de École Hypermodern des Échecs. Néanmoins, il est utile de préciser dès maintenant les aspects les plus caractéristiques de la théorie Hypermoderne :
Comme vous le savez certainement, le choix d'une ouverture est largement indicatif du style d'un joueur d'échecs. Pendant les siècles derniers un petit nombre d'ouvertures ont été à la mode, changeant avec du temps. Elles étaient le reflet exact de la conception que les joueurs d'échecs de chaque période se sont fait de la manière de jouer aux échecs. Par conséquent, l'évolution des ouvertures d'échecs au cours du temps fut en parfaite conformité avec l'évolution des concepts échiquéens. Depuis le Maître portugais Pedro Damiano, les Maîtres Italiens Giovanni Leonardo di Bona, Giulio Cesare Polerio, Gioachino Greco et le Maître espagnol Ruy López De Segura jusqu'au milieu du XIXème siècle, on a considéré que le plus fort début des Blancs était le coup : 1.e4 et la plus forte réplique des Noirs : 1...e5. Les parties qui en résultent sont dites : Parties Ouvertes. Tes plus fameuses sont la Partie Italienne (principalement tactique), la Partie Espagnole (beaucoup plus strategique) et le Gambit du Roi (archétype du jeu romantique !). En particulier, la Partie Italienne [C53], [C54]: 1.e4 e5, 2.Nf3 Nc6 3.Bc4 Bc5 4.c3 Nf6 5.d3 (or 5.d4) est l'archétype de la conception Classique du jeu d'Éches.
L'importance du Centre ( cases e4, d4, e5, d5 ) est universellement reconnue depuis une époque très éloignée ; mais, dans l'ouverture, il y a schématiquement trois manières de prendre en considération le Centre :
Naturellement la réalité est plus compliquée. Par exemple plusieurs façons de prendre en considération le centre peuvent être employées simultanément, dans la même ouverture, comme vous pouvez le voir dans l'ouverture Catalane [E01] à [E09]: 1.d4 Nf6, 2.c4 e6 3.g3 d5 4.Bg2 mélangeant les trois types: 1°) Occupation (1.d4), 2°) Contrôle latéral (2.c4), 3°) Contrôle distant (3.c4, 4.Bg2) :
Les ouvertures Hypermodernes sont principalement des jeux de l'aile. C' est, en particulier, le cas des trois défenses indiennes : Nimzo-Indienne, Est-Indienne et Ouest-Indienne. Comme illustration, voyons la Défense Nimzo-Indienne [E20] à [E59]: 1.d4 Nf6, 2.c4 e6 3.Nc3 Bb4 Le Contrôle des cases centrales d5 & e4 est au cœur de la discussion dans la Nimzo-Indienne, comme on peut le lire dans «Maître contre Amateur» by Max Euwe and Walter Meiden :
*** THÉORIE MODERNE DES ÉCHECS :
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