NOUVELLE THÉORIE DES ÉCHECS

NTE III - PROFONDEUR DES ÉCHECS


Dans le beau livre déjà ancien : «Testament d'Alekhine» - Commentaires : Alekhine, selon : Alekhine, par : A.Baratz, Les Presses Du Temps Présent, © Baratz 1971 on trouve cette intéressante note de Baratz : «Lors d'une soirée au célèbre café de la Régence, il me fut donné de jouer avec un étranger dont j'ignorais la force.»

«Dès le début, il me força par la précision de ses coups, à suivre la voie théorique dans laquelle il était parfaitement à son aise. Mais à mesure que les chemins battus s'estompaient, mon étonnement allait grandissant devant l'illogisme du jeu de cet adversaire, qui s'effondrait après une quarantaine de coups.»

«J'avais compris l'absurdité de ses connaissances livresques qui ne reposaient sur aucun fondement et ne représentaient que des exercices de mémoire. Aussi, fort de cette expérience dans la partie suivante, je fis dans le début une inversion délibérée sur laquelle l'adversaire, dérouté, se contenta de jouer un coup théorique. Mon coup faible, non exploité immédiatement, devint fort et je gagnais la partie en ... 13 coups.»

«Je dégageai de cette rencontre une leçon. Je compris aussi cette pensée subtile et méconnue exprimée par Alekhine dans son livre "deux dents parties" qui voyait seulement deux phases dans une partie d'échecs :»

  • Une première qui consiste à transformer en état dynamique l'inertie qui règne sur l'échiquier avant le début de la partie.
  • Une deuxième, la partie proprement dite, où le joueur tente de faire triompher sa conception par l'exécution appropriée.
  • Naturellement nous considérons que cette idée d'Alekhine est très forte et elle constitue d'ailleurs le point de départ de notre propre recherche. Cependant il convient d'observer que ce concept n'est pas complètement original, Tarrasch disant pratiquement la même chose en des termes différents (CCT V - Ouverture-Développement §C-3)) .
    Robert J. Fischer avait bien raison de dire : "Chess is life" ("Les échecs c'est la vie"). Tout comme il en est pour la vie, nous pouvons certainement considérer que les échecs ont une profonde unité et nous sommes tout particulièrement intéressé par cette idée dans le présent chapitre. A contrario il est intéressant et habituel, d'un point de vue analytique, de dissocier la vie et similairement une partie d'échecs en plusieurs périodes successives. C'est exactement ce que nous entreprendrons au prochain chapitre, empruntant pour cela des voies non usuelles !



    NTE III-A - Tentatives en vue de
    résoudre le problème des échecs


    1o) Existe-t-il une solution mathématique du jeu d'échecs ?

    Pour un mathématicien, les échecs sont un jeu parmi des millions de variantes qu'il est possible d'imaginer ; franchement les échecs sont un jeu trop singulier, trop special (Pourquoi 64 cases et non 180 ? Pourquoi une Dame dans chaque camp et non trois ? Pourquoi deux joueurs et non sept ? etc ...).

    En fait :
    la recherche mathématique est intéressée par de grandes théories dans lesquelles il est possible d'utiliser de puissantes méthodes d'investigation. Ainsi, d'un point de vue mathématique "la théorie des jeux" est uniquement une part de plus vastes domaines de recherche.

  • Finalement nous pouvons préciser que, pour le moment en tout cas, il n'existe aucune solution mathématique au jeu d'échecs et il semble d'ailleurs impossible d'en trouver une.

  • 2o) Existe-t-il une solution informatique du jeu d'échecs ?

    Il faut bien reconnaître que les moyens informatiques sont plus capables de procéder à une investigation des échecs. Aujourd'hui les ordinateurs jouent aussi bien que les grands maîtres et dans un avenir proche, ceci est complètement évident, apparaîtront de nouveaux logiciels jouant mieux que tout être humain.

    En vérité on observe une fascinante confrontation entre logiciels et joueurs humains. Les uns comme les autres jouant de mieux en mieux. Mais nous maintenons toutefois (en tout état de cause pour une période très longue) :

  • Ni les ordinateurs ni les joueurs humains ne seront capables d'une études exhaustive du jeu d'échecs; en d'autres termes aucun d'entre eux n'est apte à accéder à la meilleure stratégie possible face à ce jeu (TBCL: Theoretical Best Chess Level).


  • NTE III-B - Profondeur et nombres


    1o) Profondeur des échecs et nombres

    En tout domaine du monde réel l'on est confronté à des nombres particuliers. A titre d'exemple 2, 8, 30 (nombre des diagonales), 32 (nombre des pièces), 64 (nombre de cases) sont des nombres fortement liés au jeu d'échecs. Il est vrai que ces nombres sont petits.

    Nous savons tous que les ordinateurs sont capables de résoudre des problèmes complexes faisant intervenir des grands voire de très grands nombres, jouant un rôle de paramètres. Nous dirons de tous ces nombres que ce sont des "nombres informatiques".

    Cette notion n'est pas spécialement precise mais elle n'en est pas moins tout à fait intéressante. Considérons un très grand nombre informatique N. Alors N + 1, N + 1000, 2N, 10N sont aussi des nombres de cette nature... Mais ce n'est pas évident pour N x N et encore bien moins pour NN, ces deux derniers nombres étant incomparablement plus grands que les précédants !


  • Nous appellerons "nombre échiquéen au sens strict" tout nombre ayant une représentation dans le jeu d'échecs et simplement "nombre échiquéen" tout nombre du même ordre ou de taille infèrieure.

  • Ainsi, par exemple 2, 8, 30, 32, 64 sont (au sens strict) des nombres échiquéens. Maintenant nous souhaitons trouver de très grands nombres échiquéens. Regardez le tableau suivant :

    TAB 1 :

    premiers mouv. Nombre d'occurrences
    1...           20
    1...       ... 400
    1.e2    e4
    2...          
    27
    1.e2    e4
    2...       ...
    725


    Cette illustration nous conduit à cerner de plus près le nombre théorique de coups licites dont dispose un joueur d'échecs quand c'est à son tour de jouer.

    2o) Étude d'un exemple fameux

    A titre d'illustration examinons maintenant la célèbre partie suivante où nous faisons usage des brèves annotations provenant de l'ouvrage : «Le Guide des Échecs» - Traité complet Nicolas Giffard & Alain Biénabe, ©-Éditions Robert Laffont, SA Paris 1993, p.698.

    ALEKHINE - EUWE
    Championnat du monde d'Échecs 1937
    2ème partie
    Défense Slave D17/12

    1.d4                d5
    2.c4                c6
    3.Cf3            Cf6
     4.Cc3           cxd4
    5.a4              Ff5
    6.Ce5             e6


    A ce stade la partie est déjà bien engagée et l'on obtient la position que voici :


    DIAG 1 :


    Il est particulièrement intéressant de connaître les pensées d'Alekhine face à cette configuration. Selon A. Baratz («Testament d'Alekhine»    p.35) : «Le sixième coup des Noirs entraîne d'importantes complications ; la manœuvre la plus fréquente consiste à jouer ici : 6...Cbd7, 7.Cxc4 etc...»

    En réalité ce commentaire est de nos jours plutôt obsolète, 6...e6 étant devenu la réponse la plus populaire. Cependant il est encore aujourd'hui très difficile de savoir quelle est la meilleure des deux sixièmes répliques noires classiques.

    «Alekhine évalue la situation après le sixième coup des Noirs d'un point de vue purement stratégique, car il est impensable de pouvoir calculer toutes les possibilités tactiques qui se présentent sur l'échiquier.»

    Continuons à suivre le déroulement de cette partie, avec l'indication du nombre precis d'occurrences théoriques à la disposition de chaque joueur lorsqu'il dispose du trait :

    7.Fg5   (37) Fb4 (39)
    8.Cxc4 (39) Dd5 (44)
    9.Fxf6 (37) Dxc4 (44)
    10.Dd2   (29) gxf6 (42)
    11.e4     (33) Db3 (39)
    12.exf5 (37) Cd7 (34)
    13.fxe6 (37) fxe6 (41)
    14.Fe2   (37) 0-0-0 (41)
    15.0-0    (40) e5 (38)
    16.dxe5 (43) Cxe5 (41)
    17.Dc1   (46) Fxc3 (43)
    18.bxc3 (32) Thg8 (47)
    19.De3   (33) Rb8?! (51)
    20.g3     (42) Td7 (51)
     21.Tab1 (40)


    3o) Ce que signifie le TMN et et CMN

    Sur la présente partie l'on peut observer comme est important et en même temps assez régulier est le nombre d'occurrences à la disposition de chaque joueur. Par commodité nous ferons usage de la terminologie suivante :

  • TMN : Theoretical move number : (Nombre théorique de coups) c'est le nombre exact de coups valides à la disposition d'un joueur d'échecs, quand c'est à son tour de jouer.


  • CMN : Candidat move number : (Nombre de coups candidats) c'est le nombre de coups sélectionné par le joueur ayant le trait, en vue d'en effectuer une analyse approfondie, avant son choix définitif.

  • Un autre fait surprenant est que typiquement dans cette partie le TMN noir est presque toujours supérieur à celui des Blancs ; a priori cette singularité donne une bonne representation du modeste avantage dont dispose Euwe dans cette ouverture (Activité de la Dame et des Fous noirs, puis Tours contrôlant des colonnes ouvertes etc...)

    Mais, face au jeu précis d'Alekhine, Euwe est incapable d'accroître de manière significative son modeste avantage et, au stade de la partie que nous observons maintenant, la position est approximativement équilibrée.

    Notons encore que le choix prophylactique effectué par les Noirs pour leur 19ème coup n'est pas spécialement approprié et meilleur eut été ici 19... Dd5 avec une menace sur g2.


    DIAG 2 :


    4o) Poursuite de notre investigation

    Poursuivons maintenant le calcul du TMN dans le contexte singulier de cette fin de partie.

    21.Tab1 (40) Dc2 (53)
    22.Tfe1! (43) Dd2 (52)
    23.Dxd2 (43) Txd2 (37)
    24.f4       (31) Cg6 (39)
    25.Fc4     (31) Tgd8 (37)
    26.Te6!   (37) T8d6 (40)
    27.Tbe1 (35) Rc7 (34)
    28.Txd6 (32) Txd6 (32)
    29.h4      (32) Rd7 (27)
    30.Rf2    (32) Ce7 (23)
    31.Rf3    (34) Cd5? (23)
    32.Fd3! (31) h6 (19)
    33.Ff5+ (35) Rd8 (03)
    34.Rg4! (34) Ce7 (16)
    35.Fb1 (28) Re8 (23)
    36.Rh5 (25) Rf7 (18)
      37.Fa2+ (24) Rf8 (05)
      38.Rxh6 (26) Td2 (20)
    39.Fe6 (27) Td3 (26)
    40.g4    (29) Txc3 (24)
    41.g5    (26) 1-0



    NTE III-C - Combien de parties
    d'échecs différentes
    est-il possible de jouer ?


    1o) Remarques complémentaires concernant la partie Alekhine-Euwe

    La position finale (voir le diagramme qui suit) exprime, sans le moindre doute, le triomphe de la stratégie d'Alekhine, basée sur la valorisation des pions blancs de l'aile-Roi, avec le soutien de toutes les pièces blanches et, en particulier, un Roi idéalement actif. Subtils et profonds sont des coups tels : 32.Fd3!, 34.Rg4!, 35.Fb1 etc...

    DIAG 3 :


    Il nous semble que le concept de TMN est ici formellement introduit pour la première fois. C'est réellement pour nous une grande surprise que de découvrir sa profonde signification. Avant de présenter la conclusion de toute cette étude nous souhaitons faire quelques ultimes remarques sur la belle partie Alekhine-Euwe que nous avons suivie dans le présent chapitre.

    Au cours d'une première phase (ouverture et début du milieu de jeu) le TMN noir, comme nous l'avons mentionné, est singulièrement plus élevé que celui des Blancs, attestant une relative initiative des Noirs.

    Mais le jeu d'Alekhine reste toujours très sûr et précis si bien que Max Euwe est franchement incapable d'amplifier son petit avantage de manière significative.

    Un autre aspect remarquable de l'examen attentif de cette finale est de révéler l'effondrement progressif de la position d'Euwe, après 30...Ce7 et plus encore après 35...Re8?! Nous signalons que très clairement le faible TMN qu'ont alors des Noirs exprime une mauvaise coordination de leur pièces et tout spécialement les situations de clouage absolu et d'échecs.


    2o) Les nombres échiquéens transcendent les nombres informatiques

    Dans le traitement informatique d'un problème complexe et profond il est absolument essentiel de distinguer deux points de vue complètement différents. Dans le premier, dit Traitement Absolu ou Théorique on souhaite obtenir une solution intégrale clairement formulable sous forme mathématique.

    Du second point de vue, dit Traiement Relatif ou Traiement Pratique, il est question simplement de rechercher une très bonne approximation ou simulation. Ce n'est pas du tout la même chose !


  • Dans le domaine des échecs les moyens informatiques conduisent, comme vous le savez, à des résultats spectuculaires dans l'optique d'un traitement relatif. Mais cependant nous maintenons que pour le moment l'informatique n'est pas apte à réaliser une investigation en profondeur des échecs ayant un caractère théorique !


  • Aujourd'hui les meilleurs résultats théoriques concernant les échecs sont représentés par les Tables de Finales de Nalimov, pour 6 pièces sans pions et autres recherches du même genre. Maintenant nous pouvons affirmer :

  • La principale raison pour laquelle aujourd'hui l'informatique n'est pas apte à apporter une solution globale au problème des échecs par une voie théorique est qu'il existe des nombres échiquéens considérablement plus grands que tout nombre informatique.


  • 3o) Vers une conjecture mathématique

    L'Étude d'un grand nombre de parties, comme la présente, nous permet de proposer l'estimation suivante. Une partie d'échecs, si l'on néglige les nulles de salon et les parties de débutants, va durer en moyenne un peu plus de quarante coups. Qui plus est, d'un point de vue plus radical, rien ne nous empêche de nous restreindre volontairement aux parties de cette durée !... De plus pour chaque demi-coup le TMN est alors en moyenne supérieur à 32 = 25. Ainsi sommes nous conduits à considérer le nombre astronomique, donné en tant qu'estimation acceptable :

    E = (32x32)40 = (25x25)40 = 2400

    Notre raisonnement est indirect et ne constitue donc pas une preuve mathématique. Aussi nous pouvons simplement formuler une hypothèse ou, comme les mathématiciens ont alors l'habitude de dire, une conjecture. Toutefois nous avons quelques bonnes raisons de penser que cette dernière est bien fondée.

  • Conjecture - Le nombre de parties différentes d'échecs valides, conformément aux règles de la FIDE, est supérieur à :

  • E = 2400


    Ainsi nous pensons que E = 2400 est un nombre échiquéen mais n'est pas actuellement, et encore pour très longtemps, un nombre informatique !

    En guise de compairison pensez aux nombres suivants :

  • Parties d'échecs in bases de données
  • :
       moins que
        220
  • Population mondiale
  • : moins que
       233
  • Nombre de secondes depuis big bang
  • :
       moins que
       259
  • Étoiles de l'univers
  • : moins que
       272

    ***

    NOUVELLE THÉORIE DES ÉCHECS :

  • Suite de l'exposé :


  • «NTE IV - DÉROULEMENT D'UNE PARTIE D'ÉCHECS»


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